Digital et emploi – Pourquoi ce ne sera pas la solution universelle

Le Digital permet de s’exonérer des règles intangibles de la physique.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement que vous pouvez vous libérer des contraintes que le monde réel nous impose. Mais prenons quelques exemples pour mieux comprendre cela et vers quoi nous allons tendre.

Le Digital élimine les distances.
Hier, vous deviez voyager pour rencontrer vos équipes sur les sites distants. Aujourd’hui, avec toutes les plateformes accessibles en ligne, vous pouvez faire une conférence avec Singapour à 13h et une autre avec Los Angeles à 17h pour suivre vos activités. Attention, je ne dis pas là que c’est obligatoire et systématique – une pré-étude faite avec mes étudiants dans le cadre d’un Call Européen a montré que le Digital éloignait les individus – pour construire des relations durables, vous devez aller au contact et établir des connexions entre humains, face-à-face.

Le Digital permet de vendre sans limite.
Hier vous deviez posséder des chambres ou des voitures pour réaliser vos services. Aujourd’hui, tout ce qui existe et qui est n’est pas utilisé à 100% peut-être loué, prêté, partagé à l’infini (ou presque) sans que la courbe des coûts suive, de même que les ventes. Si vous avez la chance de produire des produits purement digitaux, vous pouvez même les fournir à l’infini sans vous préoccuper des stocks.

(Ajouté) Le Digital permet de partager avec le Monde entier
Depuis l’ouverture de OCW, OpenCourseWare du MIT (http://ocw.mit.edu), au début des années 2000, je suis devenu accro aux cours en ligne. Avec la multiplication des plateformes en ligne, il n’a jamais été aussi facile de suivre des cours destinés à un très large public et sur tous les sujets. J’ai participé à des sessions qui comptent plus de 150 000 participants, c’est-à-dire autant que tous ceux qui sont passés dans une université depuis sa création. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas et que vous n’avez pas fait l’effort de mettre à jour vos compétences.

Le Digital permet de créer de nouveaux Mondes.
L’expérience de SecondLife est passée de mode. Mais c’est un bon exemple, notre besoin de nous extraire de la réalité et de ses contraintes, nous conduira à voyager, expérimenter et apprendre en situation « contrôlée ». Même avec des décors simplistes, les gens passent des heures à jouer et simuler des mondes thématiques. Demain, avec des décors plus vrais que nature, nous expérimenterons de nouvelles expériences sans bouger de nos fauteuils. Je ne porte pas de jugement sur le fait que ce soit bien ou pas – comme chaque outil que l’humain a développé, c’est l’utilisation réelle qui en fait sa qualité.
Nous pourrions démultiplier les exemples quasiment à l’infini… Mais alors pourquoi ce phénomène qui a une croissance exponentielle n’aura que peu d’impact sur la courbe du chômage ? Le Digital a besoin, pour se développer, de collaborateurs agiles, curieux, compétents. Cette liste n’est pas limitative et pas forcément dans l’ordre.

Le niveau d’entrée dans l’eco-système digital va augmenter.
L’exemple de la mise en œuvre de TANu (tests de niveau de connaissances sur le digital) est révélateur en ce sens que jusqu’à présent, on se contentait des collaborateurs dont on disposait. Aujourd’hui, il ne peut plus y avoir un grand écart entre ceux qui maîtrisent les nouvelles technologies, au sens large, et ceux qui n’y adhèrent toujours pas ou se contentent de naviguer sur les sites pornographiques.

Le Digital naissant bouge tous les jours
Les collaborateurs, dont le Digital a besoin, doivent être compétents mais aussi très agiles. Ils ne doivent plus être soudés à leur information dans leur coin comme une forteresse que l’on construit autour de soi et qui nous protège des autres, des évolutions et des réorganisations. Ils doivent anticiper les changements et les conduire à tous les niveaux de la hiérarchie et les porter – et surtout ne plus se laisser porter par les autres – je me souviens que j’avais été scandalisé par un livre écrit par une crypto-fonctionnaire de chez EDF qui expliquait dans son livre comment il était essentiel, sinon obligatoire, de « procrastiner » dans une grande entreprise. Les personnes dont le Digital a besoin ne pourront pas se contenter d’une protection « syndicale », traduite dans des accords de branche dépassés qui n’ont plus de sens et de relation avec le monde réel.

Ils doivent être curieux et se former sur tous les sujets qui les intéressent, les passionnent ou qui portent sur leur secteur d’activité car une bonne vision de l’éco-système est devenue indispensable. En cela, les MOOC apportent une réponse (j’aurais dû mettre cet exemple dans l’extension des possibles grâce au Digital)… (Je le rajoute car c’est trop important pour le laisser passer). Vous pouvez, au gré de vos envies, de votre besoin faire croître vos connaissances pour assumer votre rôle dans l’organisation, même lorsque vous êtes au plus bas de l’échelle.

Finalement la compétence n’est que temporaire. Vous êtes compétent à un instant et puis avec le temps celle-ci décline, si vous ne faites rien pour la maintenir, voire la faire croître. Évidemment, les connaissances ne disparaissent pas tout à fait de votre cerveau, c’est juste qu’elles deviennent dépassées, obsolètes et ne vous permettront plus de faire de bons choix instantanément. Vous devrez faire des efforts supplémentaires pour être au niveau.

Connaissances, compétences, savoir-faire, savoir-être que tant de sociétés de recrutement négligent en se satisfaisant d’un CV et de diplômes pour justifier leurs prestations. Le Digital ce n’est pas le travail à la chaine ou l’on pouvait (on ne devait pas mais c’est une réalité) se contenter de maintenir sa productivité instantanée jusqu’au moment limite de la retraite ou de la fin de l’activité ET se retrouver complètement déraciné avec le reste du monde, en total décalage.

Malheureusement, beaucoup de ce travail doit être réalisé individuellement et ne nécessite que du temps. Mais combien de personnes vont avoir assez de courage pour s’extraire de tous ces médias qui engourdissent et maintiennent les gens dans un état de semi-légume ? Cela va être compliqué de trouver 50% de personnes actuellement au chômage et adaptées à ce nouveau contexte et ses contraintes.

Au-delà de mon métier de dirigeant de StartUp, j’enseigne depuis 1997, notamment la création d’activités nouvelles. Je teste le plus possible les solutions qui sortent pour voir jusqu’où cela peut aller, constater la réalité des business modèles, les apports à la société civile et j’essaie de préparer mes étudiants à ce nouveau monde qui s’offre à eux en dépassant les anciennes pratiques MAIS en définissant de nouvelles règles qui permettront de construire une nouvelle civilisation – que je souhaite meilleure et plus respectueuse.