La carpe et le lapin

« Ne nous laissons pas pour autant abuser par les chimères d’un récit originel opposant systématiquement les valeurs positives des débuts d’Internet à leur dévoiement contemporain : ce qui est en jeu est moins une lutte de valeurs que la redéfinition de leur portée politique émancipatrice.

Les nouveaux sachant de la Silicon Valley, qui construisent la société de demain sans toujours rendre des comptes à celle d’aujourd’hui, ont en effet moins abandonné les valeurs fondatrices qu’ils ne les ont vidées de leur sens politique. »

Benoit THIEULIN, 2015

Voila résumé en deux phrases la pensée de notre ami B. THIEULIN sur la déviance économique de l’internet philosophique. 399 pages (couvertures comprises) pour donner un chemin à suivre à nos dirigeants perdus face à la révolution numérique. Mais les précédents l’étaient-ils moins face aux révolutions déjà totalement digérées?

Si vous ne lisez pas tout le document au moins prenez le temps de lire l’introduction de notre ami. Car il pose de vraies questions.

Avons-nous tout pour réussir ? Presque
Avons-nous des résistances ? Oui, beaucoup.

Dans les faits, tous ceux qui dans le modèle actuel ont une rente. Cela comprend l’état qui par une nécessité excessive de fonds à redistribuer va limité le développement de nouveaux acteurs.
Constatons que le CNNum regarde ces évolutions comme une nouvelle façon de taxer une activité collaborative pour limiter la grogne de ceux qui aujourd’hui déjà payent une taxe sur leurs activités.

Ce n’est pas tant un problème d’adoption, les entreprises n’avancent pas toutes à la même vitesse, ce n’est pas indispensable, mais plutôt un niveau de revenu attendu qui tarde et qui souvent met en péril de bonnes idées.

De quoi avons-nous besoin ?
Avant tout d’une réforme de l’état qui baisse son besoin annuel de fonds, qu’il gagne en compétitivité par rapport aux autres pays.  Mais je constate que nous n’allons pas vers ce modèle d’état économe pour libérer l’innovation.
Alors ne comptons que sur notre propre force pour faire avancer ces nouvelles pratiques et disons que les autres nous suivront contraints ou forcés par le marché.

Que les Sirènes nous enchantent

Post initialement publié sur LaTribune en date du 30 Janvier 2007
Et mis à jour le 12 juillet 2015

NON. La musique à une valeur intrinsèque. Comme tout travail, elle doit être rémunérée à sa juste valeur. Aujourd’hui, ce qui est condamnable, c’est le Business Model de la musique.

Durant les 40 dernières années ceux qui ont le plus gagné ce sont les distributeurs. Aujourd’hui encore 70% du coût de la musique en ligne est rétrocédé au distributeur (Hors frais techniques). Hier [A l’époque du Vinyle], cela nous était justifié par des coût de production lourd. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Alors on nous parle de frais liés à la mise en valeur des artistes. Je le comprend, mais je remarque que les distributeur on la puissance pour transformer quasiment n’importe quel nouveau chanteur en vedette en quelques semaines. Ce n’est pas ce que nous demandons. Le matraquage des jeunes opéré par les intermédiaires à coup de World Music est similaire aux opérations marketing de l’industrie du tabac.

La valeur de la musique ne s’est pas déplacée. Elle est toujours liée au travail entre le compositeur, l’interprète et dans une moindre mesure les studios d’enregistrement. C’est certain ce modèle demande dix fois plus de temps pour devenir connu et richissime puisque la distribution disparaît de mon modèle. Mais c’est déjà le cas pour la très grande majorité des artistes.

Dans les 15 derniers jours, j’ai acheté 2 albums. Je regrette qu’entre 10% et 60% des musiques d’un album soit de moins bonne qualité que les 3 ou 3 titres phares. Je veux croire que les chiffres de la musique ne sont pas si mauvais que prétendu. Le Président de la FNAC disait hier sur iTélé que la musique n’a jamais été aussi écoutée. Mais il faut revoir le modèle économique. Limiter le problème de la musique, comme le font les distributeur, au seul problème de piratage est un mauvais débat.

Aujourd’hui, il sort suffisamment de produits culturels quotidiennement pour dépenser un SMIC mensuel par jour et cela ne suffirait pas à tout consommer.

Qui peut se le permettre ? Certainement pas les 97% de la population française qui gagnent moins de 3500 euros mensuels. Croire que des mesures techniques permettront de limité le piratage est illusoire. Organiser un nouveau modèle économique en supprimant le gros des coûts et en conservant la part actuelle des artistes, devrait rendre le modèle à l’abonnement tout à fait justifiable.

Je veux bien payer pour de la bonne musique, pas pour les frasques et les excès des agents, des distributeurs et des artistes complètement déjantés.

 


8 ans plus tard qu’en est-il ? Le secteur de la musique a-t-il disparu ?

Étonnamment non, malgré tous les messages apeurés du secteur y compris des artistes, il est même très florissant. Les gens n’ont jamais écouté autant de musique. Je suis passé quant à moi à un abonnement DEEZER à 9,99€/mois avec lecteur sans limite et download sur mon téléphone mobile. Pour autant ma consommation n’est pas vraiment plus vaste que précédemment. Je reste assez casanier dans mes choix musicaux.

On peut toutefois noter que les revenus générés globalement sont moindre, beaucoup plus concentrés et captés par quelques personnes qui raflent l’essentiel. Dommage nous avons loupé l’étape de redistribution.

Et si l’ « Ubérisation » n’était qu’une étape…

[Par avance sachez-le, je n’aime pas ce mot Ubérisation, il ne reflète qu’un manque d’imagination de notre part. Mais j’y travaille.]

L’entreprise a subi de nombreuses évolutions au travers de plusieurs phases depuis la seconde guerre mondiale, pour ne prendre que cette période assez représentative.

Nous quittons la phase de l’entreprise agile, qui prévaut depuis les années 90, celle de ces entreprises qui savent s’adapter au plus vite à la demande de leurs clients.

Retenez comme postulat que seuls comptent les clients.
C’est eux qui au final payent les salaires, les taxes et les dividendes.
Pas de clients, pas d’activité !

Nous entrons, depuis 2000, dans une nouvelle phase ; celle des entreprises totalement éclatées. Évidement toutes les entreprises n’y arrivent pas en même temps. Certaines en sont encore à la premier phase ; l’entreprise « Ingénieur » productrice de biens qui prévalait après guerre et jusqu’aux années 70 sur un marché en création. L’entreprise éclatée est une entreprise dans laquelle les actionnaires ont l’idée et les fonds pour créer l’activité, mais au lieu de grossir et d’embaucher à tour de bras, ils vont utiliser les services de prestataires externes pour réaliser tout ou partie de leurs activités. A l’extrême, ils peuvent TOUT externaliser pour plus de souplesse, jusqu’à la Direction Générale.

Nous le vivons déjà pour certaines parties de nos activités et ses déports sont devenus naturels, poussés en cela par des réductions de budgets constants. La plus simple, la plus naturelle est l’externalisation de la comptabilité et de la paie. Complexe et changeante, seraient les plus beaux qualificatifs pour cette matière évolutive au grè des changements politiques. Ces qualificatifs justifient à eux seuls que l’on achète un service rendu plutôt que de prendre en charge cette complexité et les formations indispensables pour suivre les évolutions. L’informatique est un autre service très propice à l’externalisation. Dans l’avenir sachez-le TOUS, les services peuvent être réalisés au travers de prestataires externes au sens de juridiquement indépendants.

OUI, il est possible de se passer de la possession pour produire une activité.

Évidemment, cela ne se fait pas simplement car un certain nombre de danger doivent être connus et maîtrisés préalablement à ce transfert. Cette évolution est plus simple pour les nouvelles entreprises qui évitent ainsi de lourds investissements. UBER est devenu en quelques années la plus grande compagnie de taxis, au monde, sans en posséder un seul. Dans un autre registre, AirBnB est le plus grand hôtelier sans posséder d’hôtel. Demain, nous louerons nos sièges à un prestataire qui ne possède pas de train . Alors qu’à la fin de 19ème siècle, il fallait construire la locomotive, les wagons et les rails avant de faire circuler le premier train. TOUT devient une commodité.

Ces exemples vont se multiplier dès lors qu’il y a un actif non utilisé d’une part, nécessitant des fonds importants au regard de l’unité de revenu, et des clients à satisfaire de l’autre.

Pour les entreprises présentes depuis de nombreuses années, c’est moins simple. Elles doivent faire face à l’amortissement de leurs investissements (y compris s’ils ont été inconsidérés et dispendieux). Mais au-delà de cela, d’autres considérations viennent s’ajouter sur les épaules des dirigeants. En tout premier lieu le mécontentement des salariés, quelque soit le niveau hiérarchique, car pour mieux dominer ces derniers, nous les avons soumis à la dépendance du salaire et à la reconnaissance de l’étiquette. Ajoutons encore l’attente excessive de dividendes des actionnaires qui ne supportent plus aucun changement stratégique qui viendrait mettre en péril leurs revenus. Que vaut-il mieux, une société qui prend des risques pour faire évoluer ses activités ou une société qui se fait Ubériser parce qu’elle s’est contentée du « Business As Usual » en privilégiant ses gains à très court terme ?

Mais ce n’est pas l’essentiel, entre la perte de connaissances, la fuite de savoir-faire et la gestion de la pérennité de la production, nombre de pièges guettent les entreprises candidates. Cette évolution est un processus d’optimisation des ressources vers lequel un nombre important d’entreprises doivent aller sans toutefois oublier les fondamentaux.

Reposez-vous les questions suivantes : Qui s’inquiète aujourd’hui de la sous-traitance de la comptabilité [Sinon les comptables internes eux-mêmes] ? Qui a les moyens de conserver en interne un bataillon de comptables pour les paies de fin de mois, les DADS de fin d’année et en même temps d’assumer seul les formations permettant la mise à jour continue des compétences au regard des évolutions de la législation ? Quasiment plus PERSONNE, même dans les grands groupes.

Chaque entreprise se doit de répondre aux questions suivantes : Ai-je optimisé ma production ? Si je fais appel à des sous-traitants qui travaillent pour moi en interne, puis-je les faire travailler chez-eux ? C’est changements peuvent-ils améliorer la qualité de ma production ou en réduire significativement les coûts ? Quels risquent courent mon entreprise ? Comment puis-je assurer la sécurité dans ces conditions ?

Car c’est bien une question stratégique entière à prendre dans son intégralité.

Ce changement de comportement va, de plus, dans le sens d’une consommation frugale des ressources. Ces pratiques entrent tout à fait dans le cadre de l’innovation frugale qui limite l’accès aux ressources pour rendre de nouveaux services, mettre sur le marché des produits plus rapidement et très vite les confronter aux futurs clients afin de valider l’appétence de ces derniers.

Par le passé, l’entreprise arrivait dans un monde sans expérience où tout était à créer à partir des besoins primaires, se nourrir, se loger, se vêtir, vivre plutôt que survivre.

Aujourd’hui, nous faisons face à des clients qui ont déjà tout… et pour autant on doit leur proposer de nouveaux produits, de nouvelles solutions. Ne dit-on pas que 75% des produits que nous utiliserons en 2050 n’existent pas encore ? Mais comment pouvons-nous être certains que ce que nous allons produire leur convient ? En multipliant les propositions et en leur demandant directement. L’externalisation, y compris dans des FabLab, permet à moindre coût, de proposer un nombre important de solutions et de les tester en réel.

A suivre /…

Recrutement pour des résultats efficaces – 1

Vaut-il mieux un commercial qui se met à la technique ou un technicien qui vient au commerce ?

Voila une belle question qui suivant les secteurs aura ses disciples. Mais finalement, dans toutes les situations, ce qui compte, c’est l’implication de la personne.

Rester sur ses acquis, voila ce qui EST le problème (diplôme, expériences passées, éventuelles réussites). Ne pas prendre, RÉELLEMENT, en compte les besoins de son prospect mais tenter de lui faire croire que sont produit sait tout faire et répond parfaitement à ses attentes dans le budget imparti.

Vous pouvez obtenir de très bons résultats avec des néophytes dont l’implication ne tarde pas à combler le champ technique car finalement ce qui compte, c’est l’ouverture d’esprit à prendre en compte les problèmes des prospects/clients et étonnement ce n’est pas d’offrir le meilleur produit ou service de la Terre, dont il n’a pas forcément l’utilité.

ET inversement, un profil très technique peut devenir un très bon communicant, un vendeur émérite et exceller dans son secteur d’activité. Il aura plus facilement de bons résultats sur un marché en cours d’équipement et deviendra vite dépassé dans un marché de renouvellement ou à la concurrence fait rage à l’instar de la transformation que nous avons connue entre les deux phases d’entreprise entre la période 45-70 et 70-80.

Dans la première période ce qui comptait, c’était le côté technique de l’ingénieur, le dirigeant  devait-être capable d’inventer de nouveaux processus de fabrication, de produire plus pour répondre aux besoin et finalement de prendre le marché. Dans la phase suivante, les stocks s’accumulent et ils deviennent plus difficiles à écouler. Le stock est très couteux, souvent négligé, il porte un poids considérable dans le budget de l’entreprise. A cette phase, le manager d’une entreprise qui gagne est celui qui a les compétences pour présenter autrement et vendre son stock. Aujourd’hui, on nous vend la même réalité au travers des concept de mise en œuvre d’une meilleure « storytelling », plus l’histoire sera belle et plus vous obtiendrez l’engagement de vos prospects, car les gens on oublié que le commerce n’a pas débuté dans les années 80.
Mais ce ne sont là que 2 des 5 phases du cycle de vie d’une entreprise.

Au vu de mon expérience, cette dernière démarche, technicien qui devient un vendeur, me semble plus difficile car l’acquis l’emporte trop rapidement sur la capacité à ce mettre au niveau de son interlocuteur.
Mais toute règle énoncée à ses contre-exemples… et heureusement.