Interview McKenzie Mai 2015

Pour McKenzie dans le cadre de son mémoire,

  • Quel est l’avenir pour les entrepreneurs en France ?

La France sait qu’elle a un retard considérable dans la mise en place de conditions favorables à l’émergence de startup en grand nombre. C’était déjà le cas, il y à 15 ans. Nous avons suivant les sujets plus de  20 ans de retard sur les US qui sont notre modèle. Depuis les années 90, les entrepreneurs savent qu’ils souhaitent obtenir des conditions similaires à celles d’un Palo Alto, d’une Silicon Valley ou plus récemment d’un Herzliyaa.

Toutefois, la France compense partiellement cette réalité par la mise en place de conditions favorables en terme statut JEI, CIFRE et CIR, exceptionnelles par rapport à d’autres pays.

  •  Quelles modifications feriez-vous au cadre légale ?

Une défiscalisation des dons en compte courant, des participations au capital modifierai totalement le paysage financier de la création. La France n’est pas connu pour son appétence au risque. Hors, la création d’activité est une source réelle de risque… Mais aussi de revenus pour un état. C’est pourquoi l’état a un intérêt à promouvoir une implication plus large des participations des citoyens.

Par ailleurs, j’aimerai aussi une annulation de la loi sur les plus-values, la taxation des revenus du capital, ce serait un véritable plus. Comment imaginer que vous avez durement travaillé, pris des risques et finalement voir votre plus-value partir dans les caisses de l’état. Que la vente se réalise en deux ans ou dix ans, de toutes les façons une bonne partie de ces revenus reviendra naturellement dans l’économie. Il faut provoquer ce comportement pour que l’économie en ressente les effets.

De plus une simplification qui annulerai les impôts sur les sociétés en dessous de 2M€ de CA afin quelle puisse soit se développer, soit financer l’économie locale apporterai un nouveau souffle supplémentaire à notre économie.

Enfin et surtout, une nouvelle approche sur les faillites qui ne mettraient plus les dirigeants au banc de la société. Ces entrepreneurs qui ont pris des risques doivent être remerciés. Le France n’est pas très compatible avec le risque, c’est pourquoi on écarte comme la peste ceux qui on faillit en oubliant qu’eux ont tenté l’aventure.

  • Pourquoi avez-vous choisi d’être un entrepreneur en France

Par ce que nos racines sont ici, nos attaches et nos amis sont ici. Nos enfants sont scolarisés en France.

Mais nous remarquons que des amis partent en nombre pour trouver des conditions plus favorables.

  • Comment et Quand est-ce que vous avez commencé

Pendant ma scolarité. Je négociai tout ce qui me tombait entre les mains, mobiliers anciens, livres, …
Après être sorti de chez Siemens-Nixdorf, ma première expérience, j’ai participé à la création d’une première entreprise puis au développement d’une seconde.

C’est devenu une seconde nature.

  • Quelle est votre définition de l’entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat est l’action de créer des activités, à partir de simples idées, et de les rendre autosuffisantes.

Le rôle de l’entrepreneur, celui qui entreprend, est d’évaluer les risques, les budgets nécessaires et de mettre en place les actions pour gérer le bon déroulement de ce projet. Il sait ce qu’il accepte de perdre pour atteindre l’objectif. Il regroupe des compétences pour construire la solution. Il a une capacité à faire face et à s’adapter à la réalité qu’il rencontre pour réussir.

  • Comment est-ce qu’on peut réussir en tant qu’entrepreneur ?

En s’entourant de gens de confiance avec des compétences certaines et une capacité de travail hors norme. Car la création n’est pas de tout repos.
Si l’on considère qu’il faut 10 000h pour lancer sont activité, il faut les produire en groupe et le plus rapidement possible pour ne pas louper la fenêtre de travail.

  • Quelles qualités aident dans la réussite en France ?

Les mêmes que dans les autres pays.

La vraie différence réside dans l’obstination des Français à attendre des gens diplômés et issus des grandes écoles/entreprises comme si cela représentait le St Graal de la réussite.

En faisant cela nous nous privons de talents purs qui ne resteraient pas sur des postures mais qui prendraient à bras le corps les dossiers pour les faire émerger.

  • Comment inculquer aux enfants des qualités nécessaires pour l’entrepreneuriat ?

C’est toujours le même débat entre l’inné et l’acquis.
En France, on pense « collectivement » que les humains sont tous égaux entre eux. De ce fait, ils ne peuvent pas être distingués par l’inné et doivent bénéficier des mêmes ressources.

Je ne suis pas convaincu par cette pensée car elle limite par le bas alors qu’il faudrait l’ouvrir par le haut. Le monde de l’entrepreunariat est un monde d’efforts au quotidien.
Il y a des études sur le sujet et des chercheurs ont établi une relation entre l’inné et/ou le contexte familiale qui offre des conditions favorables à la création d’entreprises. La formation ne vient que compléter cela. Elle améliore les réflexes, les capacités et met en place des méthodes. Pour ceux qui ne serait pas issu du bon contexte, une formation adaptée permettrai d’obtenir de bons résultats et de compenser rapidement ces lacunes.

Pour autant, il est impensable de vouloir utiliser des fonds pour des formations qui transformeraient un créatif en manager et vice-et-versa. C’est impensable. Hors notre système éducatif ne détecte pas les talents.

Nous devrions créer des tests de sélection et orienter les enfants suivant leurs tendances naturelles.

Des jeux interactifs pourraient aisément mettre en avant les prédispositions de gestionnaire d’un individu et inciter les enfants à gérer des concepts de management.

A l’école j’avais gagné un challenge sur un jeu créé par un ami de ma classe. J’avais géré un pays virtuel pendant 13 ans, sans révolution, alors que mes camarades ne tenaient que quelques mois.

  • Est-ce que l’éducation en France est suffisante pour faire grandir une génération d’entrepreneurs ?

Pas en l’état.
La culture Française est assez peu compatible aux risques et à la gestion. On se projette comme très fort sur la culture, la philosophie, l’art voire les mathématiques, les sciences dures, mais l’éducation ne forme pas, ne détecte pas les talents en management/gestion avant les écoles post-bac et reste sur un dogme éducationnel ancestral.

  • Comment est-ce que l’entrepreneuriat a changé avec des années depuis votre éducation ?

Aujourd’hui, les conditions sont bien plus favorables. Avant la première bulle internet (période 2000-2001), c’était compliqué de présenter à ses parents que l’on voulait quitter une situation stable pour un environnement instable à l’avenir incertain.

  • Est-ce que l’opinion des entrepreneurs est positive en France ?

Moins depuis l’épisode des pigeons, lorsque l’état à souhaité nationaliser les plus-values de cession en Octobre 2012. Ce qu’il a fini par faire l’année suivante dans une moindre mesure.

Entre 2012 et 2013, 32 mesures dans la loi de finance ont impactées l’entreprise ou l’entrepreneur.

Cela ne va évidemment pas dans le bon sens pour les rassurer.

MAIS globalement, les entrepreneurs sont des gens très positifs qui ne s’arrêtent pas face à une situation complexe. Seulemnt depuis les années 90, trop de talents ont quitté la France pour s’installer ailleurs. Alors même que la France met en place des programmes pour faire venir des chercheurs/entrepreneurs d’autres pays, elle oublie ceux qui sont ici.

  • Comment est-ce que vous avez modifié vos lieux de travail pour mieux faciliter la créativité, la communication, etc. a propos de vos expériences en tant qu’entrepreneur ?

En 1995, j’ai travaillé sur un concept de bureaux mouvants qui s’organisent en fonction des projets. Chaque collaborateur bougeant d’un bureau à l’autre en fonction de son affectation sur des projets et transportant ses affaires dans des armoires à roulettes.

J’ai remis ce concept en place en 2000, lorsque j’ai loué les locaux pour le siège de Linux@Business, avec la mise en œuvre du travail en proximité opérationnelle. A contrario des dirigeants américains, je ne suis convaincu par une présence dans la même pièce avec les collaborateurs à temps plein. Les sujets à traiter sont souvent très différents et demande une réelle confidentialité. Par ailleurs, cette promiscuité peut devenir pesante pour les uns ou les autres.

Mais cela ne doit pas empêcher de venir vers eux lorsqu’une étape de projet nécessite un travail intense sur une courte durée et très contraint par le calendrier.

Je suis très favorable à des espaces de vie, qui s’écartent de la pression des projets et qui permettent aux collaborateurs de produire des idées nouvelles. Je suis certains qu’il faut donner aux collaborateurs de 20 à 30% de leur temps pour innover, inventer le futur et disrupter nos activités.

Je suis également très favorable au télétravail. Pas seulement au domicile, mais dans des lieux qui permettent une bonne concentration et un épanouissement des idées.

  • En tant qu’entrepreneur- quels sont votre plus grande réussite et votre plus grand échec?

Ma plus grande réussite est d’avoir levé des fonds pour Linux@business alors que nous ne réalisions pas un € de CA, sur le thème du SaaS & Cloud en 2000. Mais c’est aussi mon plus grand échec car je n’ai pas su expliquer à mes investisseurs les enjeux de ces solutions, les marchés à venir, ma stratégie et j’ai été remercié de mon poste de CEO un an et demi, après la création.

  • Vous êtes en train de lancer quelques choses en France ou d’ailleurs ?

Oui, je dirige une startup CO2track en cours de financement. C’est une société Londonienne qui va partir en Suisse. Je participe à l’Advisory Bord de 4 autres qui sont Françaises.

En outre, j’ai déjà 3 idées supplémentaires en réserve pour le futur que j’espère déléguer à de nouvelles équipes.

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