Et si l’ « Ubérisation » n’était qu’une étape…

[Par avance sachez-le, je n’aime pas ce mot Ubérisation, il ne reflète qu’un manque d’imagination de notre part. Mais j’y travaille.]

L’entreprise a subi de nombreuses évolutions au travers de plusieurs phases depuis la seconde guerre mondiale, pour ne prendre que cette période assez représentative.

Nous quittons la phase de l’entreprise agile, qui prévaut depuis les années 90, celle de ces entreprises qui savent s’adapter au plus vite à la demande de leurs clients.

Retenez comme postulat que seuls comptent les clients.
C’est eux qui au final payent les salaires, les taxes et les dividendes.
Pas de clients, pas d’activité !

Nous entrons, depuis 2000, dans une nouvelle phase ; celle des entreprises totalement éclatées. Évidement toutes les entreprises n’y arrivent pas en même temps. Certaines en sont encore à la premier phase ; l’entreprise « Ingénieur » productrice de biens qui prévalait après guerre et jusqu’aux années 70 sur un marché en création. L’entreprise éclatée est une entreprise dans laquelle les actionnaires ont l’idée et les fonds pour créer l’activité, mais au lieu de grossir et d’embaucher à tour de bras, ils vont utiliser les services de prestataires externes pour réaliser tout ou partie de leurs activités. A l’extrême, ils peuvent TOUT externaliser pour plus de souplesse, jusqu’à la Direction Générale.

Nous le vivons déjà pour certaines parties de nos activités et ses déports sont devenus naturels, poussés en cela par des réductions de budgets constants. La plus simple, la plus naturelle est l’externalisation de la comptabilité et de la paie. Complexe et changeante, seraient les plus beaux qualificatifs pour cette matière évolutive au grè des changements politiques. Ces qualificatifs justifient à eux seuls que l’on achète un service rendu plutôt que de prendre en charge cette complexité et les formations indispensables pour suivre les évolutions. L’informatique est un autre service très propice à l’externalisation. Dans l’avenir sachez-le TOUS, les services peuvent être réalisés au travers de prestataires externes au sens de juridiquement indépendants.

OUI, il est possible de se passer de la possession pour produire une activité.

Évidemment, cela ne se fait pas simplement car un certain nombre de danger doivent être connus et maîtrisés préalablement à ce transfert. Cette évolution est plus simple pour les nouvelles entreprises qui évitent ainsi de lourds investissements. UBER est devenu en quelques années la plus grande compagnie de taxis, au monde, sans en posséder un seul. Dans un autre registre, AirBnB est le plus grand hôtelier sans posséder d’hôtel. Demain, nous louerons nos sièges à un prestataire qui ne possède pas de train . Alors qu’à la fin de 19ème siècle, il fallait construire la locomotive, les wagons et les rails avant de faire circuler le premier train. TOUT devient une commodité.

Ces exemples vont se multiplier dès lors qu’il y a un actif non utilisé d’une part, nécessitant des fonds importants au regard de l’unité de revenu, et des clients à satisfaire de l’autre.

Pour les entreprises présentes depuis de nombreuses années, c’est moins simple. Elles doivent faire face à l’amortissement de leurs investissements (y compris s’ils ont été inconsidérés et dispendieux). Mais au-delà de cela, d’autres considérations viennent s’ajouter sur les épaules des dirigeants. En tout premier lieu le mécontentement des salariés, quelque soit le niveau hiérarchique, car pour mieux dominer ces derniers, nous les avons soumis à la dépendance du salaire et à la reconnaissance de l’étiquette. Ajoutons encore l’attente excessive de dividendes des actionnaires qui ne supportent plus aucun changement stratégique qui viendrait mettre en péril leurs revenus. Que vaut-il mieux, une société qui prend des risques pour faire évoluer ses activités ou une société qui se fait Ubériser parce qu’elle s’est contentée du « Business As Usual » en privilégiant ses gains à très court terme ?

Mais ce n’est pas l’essentiel, entre la perte de connaissances, la fuite de savoir-faire et la gestion de la pérennité de la production, nombre de pièges guettent les entreprises candidates. Cette évolution est un processus d’optimisation des ressources vers lequel un nombre important d’entreprises doivent aller sans toutefois oublier les fondamentaux.

Reposez-vous les questions suivantes : Qui s’inquiète aujourd’hui de la sous-traitance de la comptabilité [Sinon les comptables internes eux-mêmes] ? Qui a les moyens de conserver en interne un bataillon de comptables pour les paies de fin de mois, les DADS de fin d’année et en même temps d’assumer seul les formations permettant la mise à jour continue des compétences au regard des évolutions de la législation ? Quasiment plus PERSONNE, même dans les grands groupes.

Chaque entreprise se doit de répondre aux questions suivantes : Ai-je optimisé ma production ? Si je fais appel à des sous-traitants qui travaillent pour moi en interne, puis-je les faire travailler chez-eux ? C’est changements peuvent-ils améliorer la qualité de ma production ou en réduire significativement les coûts ? Quels risquent courent mon entreprise ? Comment puis-je assurer la sécurité dans ces conditions ?

Car c’est bien une question stratégique entière à prendre dans son intégralité.

Ce changement de comportement va, de plus, dans le sens d’une consommation frugale des ressources. Ces pratiques entrent tout à fait dans le cadre de l’innovation frugale qui limite l’accès aux ressources pour rendre de nouveaux services, mettre sur le marché des produits plus rapidement et très vite les confronter aux futurs clients afin de valider l’appétence de ces derniers.

Par le passé, l’entreprise arrivait dans un monde sans expérience où tout était à créer à partir des besoins primaires, se nourrir, se loger, se vêtir, vivre plutôt que survivre.

Aujourd’hui, nous faisons face à des clients qui ont déjà tout… et pour autant on doit leur proposer de nouveaux produits, de nouvelles solutions. Ne dit-on pas que 75% des produits que nous utiliserons en 2050 n’existent pas encore ? Mais comment pouvons-nous être certains que ce que nous allons produire leur convient ? En multipliant les propositions et en leur demandant directement. L’externalisation, y compris dans des FabLab, permet à moindre coût, de proposer un nombre important de solutions et de les tester en réel.

A suivre /…